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Germaine de Staël-Holstein
La Capitale rebatie - que pour les plaisirs et l'industrie? Berlin est une grand ville dont les rues sont très larges, parfaitement
bien alignées, les maisons belles, et l'ensemble régulier:
mais comme il n'y a pas longtemps qu'elle est rebatie, on n'y voit voit
rien qui retrace les temps antérieurs. Aucun monument gothique
ne subsiste au milieu des habitations modernes; et ce pays nouvellement
formé n'est gêné par l'ancien an aucun genre. Que
peut-il y avoir de mieux, dira-t-on, soit pour les édifices,
soit pour les institutions, que de n'être pas embarassé
par des ruines? Je sens que j'aimerais en Amérique les nouvelles
villes et les nouvelles lois: la nature et la liberté y parlent
assez à l'âme pour qu'on y ait pas besoin de souvenirs;
mais sur notre vielle terre il faut du passé. Berlin, cette ville
toute moderne, quelque belle qu'elle soit, ne fait pas une impressions
assez sérieuse; on n'y aperçoit point l'empreinte de l'histoire
du pays, ni du caractère de ses habitants, et ces magnifiques
demeures nouvellement construites ne semblent destinées qu'aux
rassemblement commodes des plaisirs et de l'industrie. Les plus beaux
palais de Berlin sont bâtis en briques; on trouverait à
peine une pierre de taille dans les arcs de triomphe. La capitale de
la Prusse ressemble à la Prusse elle-même; les édifices
et les institutions y ont âge d'homme, et rien de plus, parce
qu'un homme seul en est l'auteur. ... (Extrait de: Madame de Staël, De l'Allemagne,
London 1813, chapitre XV: Berlin) |