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Son Excellence John Ralston Saul

Le Français pour l'avenir

(suite)

Une troisième – l'espagnol – peut-être, parce qu'on a des relations importantes avec les pays de l'Amérique latine – c'est extraordinaire! Trois, c'est certainement possible, ou le chinois, ou le japonais, parce qu'ils sont très importants sur la côte ouest. J'ai des neveux qui parlent anglais, mandarin, et français. Ce n'est pas un problème. L'attaché de presse dont j'ai parlé plus tôt, il parle aussi l'espagnol. Il y en a d'autres qui vont simplement choisir l'anglais et le chinois, ou l'anglais et l'espagnol. Très bien. Dire que l'immersion et le français sont importants ne veut pas dire éliminer d'autres langues. Mais il faut qu'à peu près 30 % de notre population soit bilingue, c'est-à-dire parle l'anglais et le français, pour que le pays fonctionne comme il faut.

C'est merveilleux de penser que quand quelqu'un vous dira, dans dix ans, "vous les anglophones" vous pourrez faire comme moi. Moi, j'arrête toujours ces gens et je leur dis, "écoutez, vous me dites à moi – vous les anglophones". Qui vous donne le droit de dire que je suis un anglophone? Je suis ce que j'ai envie d'être. Aujourd'hui je suis anglophone. Demain, je suis francophone. Après-demain, je suis tous les deux ou un mélange des deux. C'est toujours bien d'ébranler de telles certitudes. Et puis, comme je l'ai dit au début, il faut vanter la liberté de choix que vous donne votre éducation. Ce que je dis pour taquiner ces gens, c'est quand même une description intéressante de notre vie, et compliquée; et en plus, c'est vrai.

Alors je vais terminer avec deux idées. Premièrement, c'est qu'on a ouvert les portes du Canada depuis une dizaine d'années sur le monde. Libre-échange, mondialisation, etc., etc. Mais un élément absolument central de la mondialisation, c'est qu'il faut posséder plusieurs langues. On dit toujours à la radio, à la télévision, que tout le monde parle anglais. Moi, je passe la plupart de mon temps à voyager dans le monde. Je vous assure, ce n'est pas vrai. On ne parle pas anglais partout dans le monde.

La plupart des gens ne parlent pas en anglais. Et je dirais même que la moitié du temps, quand je suis à l'étranger, je parle plutôt en français – en Amérique latine, en Europe centrale, en Allemagne, en Italie. Quand je trouve des gens qui ne parlent pas en anglais, et que moi je ne parle pas leur langue, je trouve quelqu'un qui parle français. Donc, connaître deux langues, ou trois langues, c'est un élément clé de la mondialisation.

Finalement, quelque chose qui est évident. Les élites, les gens qui sont en place, les gens qui n'ont pas eu la chance d'étudier en immersion, sont d'une certaine manière en retard par rapport à vous. Et beaucoup sont prêts à l'admettre. On dit toujours que les jeunes sont l'avenir. Mais dans ce cas-là, vous êtes vraiment l'avenir, parce que vous avez un atout que les autres – vos prédécesseurs – n'ont pas eu la chance d'avoir.

Quoi faire avec votre avantage? Et bien, je peux vous dire que vous n'êtes pas là simplement pour parler français. Vous êtes là pour bousculer, pour embêter, pour changer la manière de penser de notre société. Vous êtes là, non pas pour faire comme vos parents et vos grand-parents. Vous êtes là pour dire : "On va faire ça différemment, parce que nous, nous apportons, dans le débat public, les deux cultures, et peut-être trois cultures, et une idée plus complète de notre pays, de nos vies, de cette complexité qu'on représente."

1. März 2001

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